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Présentation:

Ici, on discute.
Sans titre et sans droit ... Même pas celui de la parole.
Il va donc vous falloir autre chose que des prétentions pour exister.
Merveilleuse aventure non ?

Deux thèmes vont, le plus souvent, constituer le contenu de ce blog:
morale et sexe; miam...!

Mais on parlera de plein d'autres choses, rassurez vous !

Les timides, n'hésitez pas à vous servir de ça aussi, je suis très gentil:

alexis.hilaire@hotmail.fr

Texte Libre


 
Blogueurs NON influents
Recommandé par des Influenceurs

Texte Libre




 

Maintenant que vous êtes là, vous pouvez lire ce qui est écrit la dessous; c'est préférable.



Après, vous choisissez.

- Quand on est poli, on se présente. Une présentation signifie un prénom , un âge , une ville.

- Vous êtes là pour réfléchir, argumenter, dialoguer.

- Par principe, je ne vais pas être d'accord avec vous.

- Se taire. N'hésitez pas à venir dire votre hésitation, votre simple doute, voire même votre silence prudent...

- Les convaincus, prêcheurs, juges et autre militants n'ont aucune place ici. Ceux qui ont quelque chose à prouver vont avoir du mal avec moi. Ceux qui ont peur, qui hésitent, qui n'ont pas de prétentions peuvent s'asseoir... Il fait chaud ici.

- Ceux qui agissent, qui font ce qu'il peuvent, dans leur vie de tous les jours, sont aussi bienvenus.

- Les arguments comptent plus que vos idées. Si vous avez une idée, il y a de fortes chances pour que quelqu'un d'autre ait eu la même. En revanche, vos arguments sont peut-être intéressants.

- Langages SMS, phonétique ou sans orthographe : vous avez compris... Moi, j'ai le droit de faire des fautes, vous, non; toutefois, les spécialistes sont autorisés à venir faire leurs corrections.

- La censure est dure mais nécessaire. Peut être sera-t-elle même injuste ... Mais rassurez vous, cela ne fait pas mal.

- Si votre commentaire ne passe pas, recommencez ! Oui , il faut faire un effort.

- Soyez les bienvenus.
  
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Jeudi 3 avril 2008
Blog en stand by pour cause d'évènement professionnel.

Mais revenez souvent hein, je compte pas du tout le fermer !
Je vous aime trop ...
Mercredi 2 avril 2008

#3

Le vent bruissait doucement dans les feuilles épaisses et molles du châtaignier, atténuant un peu la chaleur sèche de ce d'après-midi d'été. Il rentra.

Les enfants, à peine sortis de table, avaient enfourchés leurs vélos et s'étaient échappés bruyamment dans la campagne normande. La maison était silencieuse maintenant.

Il colla son dos nu à la pierre rappeuse du mur de la cuisine, pour profiter un peu de sa froideur mais aussi de sa force inerte. En faisant tournoyer un fond de café dans une vieille tasse à fleurs, il observait sans réfléchir quelques grains de sucre se rassembler au centre de celle-ci. La maison était encore un peu fraîche et seuls quelques mouches venaient troubler le silence des lieux.

Un souffle léger poussa la porte d'entrée, laissant se diffuser entre les pierres l'odeur des foins qui séchaient dans les champs voisins. Mais nul bruit de machine agricole pour venir troubler cette quiétude... L’heure était à la pause. Le clocher sonna les deux heures de l’après-midi.

Il leva les yeux, scruta une fois encore, les deux énormes poutres qui traversaient la pièce, ainsi que les solives soutenant le plancher. Tout paraissait droit et solide.

En se glissant dans l’embrasure de la fenêtre à petits carreaux qui donnait sur le jardin, il vit son épouse qui jetait en l'air un grand tissu blanc pour l'étaler, bien à plat, au milieu de la pelouse, sous le châtaignier. Elle y installa son petit nécessaire de sieste ainsi qu'elle même…

Il ramena son regard sur les menuiseries de la fenêtre. La carrée avait "joué" un peu mais rien de grave. C'est la noblesse du chêne, dit-on dans ces cas là, d'être ainsi vivant, en fonction de la température et de l'humidité. Un peu de mastic suffira au besoin à corriger les joints.

Il souffla… Vingt-deux années qu'il s'usait la santé à redonner une nouvelle jeunesse à cette battisse trois fois centenaire. La date de construction, gravée dans le granit au dessus de l’imposte, était devenue illisible avec le temps. Rajeunir ces pierres avait été nécessité le travail d'une vie. La plupart des économies y étaient passées, des vacances avaient été sacrifiées, un mal de dos chronique le faisait régulièrement souffrir. Une phalange à la main gauche en moins aussi...Un malheureux coup de scie à l'occasion de la réalisation de la petite table du salon.

Il fit deux pas, posa la main sur le dormant de la porte d'entrée, toucha le chêne dur. Un bois coupé par le grand-père, il y a très longtemps. Il avait confiance, l'ouvrage durerai.

Il observa à nouveau sa femme, maintenant étendue de tout son long sur le drap blanc au milieu de l'herbe verte, ses longs cheveux roux en bataille... Il se souvint de ce jour fameux, quand il revinrent de chez le notaire, nouvellement propriétaire de ce tas de pierre cédé par une grand-mère qui quittait tranquillement ce monde... Elle et lui n'avait pas réussi à atteindre le vieux lit de fer, puant et rouillé, à l'étage. Raphaëlle avait été fabriquée dans l'escalier, au prix d'un méchant bleu sur les reins de madame.

Un escalier en chêne solide et dur comme de la pierre.

Il entra dans le salon en passant sous l’arche en pierre qu’il caressa du bout des doigts et s'approcha doucement du fameux escalier. Il pensait que c'était la cinquième marche qui avait soutenu leurs ébats, malgré la 6ème qui avait blessé presque à sang sa belle.

L'escalier, à trois pans marqués à angle droit, était une des nombreuses œuvres du grand-père dans cette maison. Un génie des escaliers celui-là, selon la légende familiale... Force était de constater effectivement que la construction avait ceci de particulier qu'elle ne craquait pas sous le poids de celui qui l'empruntait, parce que trop bien construit. Un escalier comme on n'en fait plus, qui tenait sa solidité de la magnifique justesse de l’emboîtement des pièces de bois. Beaucoup de châteaux et manoirs de la région étaient dotés des mêmes escaliers du grand-père. Le nom de la famille était connu par ça. Un menuisier qui un jour était venu poser des fenêtres s'était arrêté devant l'œuvre, l'avait regardé longtemps et testé un peu la rambarde...

- Qui vous a fait ça ?" lui avait-il demandé, en fronçant les sourcils.
- Mon grand-père, il y a bien longtemps...
- C'est beau... Plus personne ne sait faire ça aujourd'hui, dit l'homme, rassuré.

Il monta les degrés avec circonspection, écoutant. Le bois ne bougea pas, ne craquait pas.

Solide et dur...

A l'étage en revanche, tout l’ouvrage était de lui. Il en était extrêmement fiers: murs intérieurs, planchers, parquets, enduits décoratifs, fenêtres, portes... Tout. L'un des murs, sur le pignon sud, qu'il avait relevé avec un maçon qualifié, était en terre brute mêlée de paille. Une argile dorée, presque orange, qui le soir, quand le soleil vient à descendre, donne des couleurs siennoises à la belle Normande.

Par un petit jour, son œil retomba sur elle. Elle était encore belle vue d'en haut, avec son maillot deux pièces de jeune fille arrogante. Surtout qu'il en manquait maintenant une sur deux, de pièces. Heureusement, elle était sur le ventre... Il reluquait les belles hanches larges et un maillot tendu par des fesses pleines et rondes. Elle pouvait bien vieillir, il lui fallait toujours résister pour maîtriser ses envies d'elle !

Il détourna le regard et entra dans la chambre d'Adrien.

Il se retrouva, non sans plaisir, face au capharnaüm indicible du domaine de son fils, qui mettait si bien sa mère dans un état d'énervement grandiose. Lui pensait qu'il régnait en réalité ici une atmosphère proche de l'œuvre... Il y avait là, devant ses yeux, un bordel spectaculaire, comme si les objets perdaient toutes fonctions naturelles, toute logique d'assemblage. Dès lors, tout était possible dans cette chambre, plus aucune règle n'était fiable et seul l'habitant semblait y comprendre quelque chose. Les billes étaient dans les boîtes de lego, les briques de lego rigoureusement étalées sur le bureau, et les livres servaient de marchepieds pour atteindre le lit. En outre, cette subtile désorganisation était un moyen de défense imparable envers l'ennemi. Un mur se dit-il non sans amusement.

Sur la pointe des pieds, de peur d'écraser quelque chose d'important, il tenta de voler un vieux caramel qui habitait un camion de pompier à trois roues. Or, le papier était scellé à la colle scotch. Non, décidément, la citadelle semblait imprenable. Mieux valait battre en retraite... Construire des étagères ici eu été une absurdité. N'en déplaise à Madame sa femme.

Une autre fenêtre ... avec vue sur le jardin et sur elle. Assise en tailleur, les coudes posés sur les genoux et soutenant son menton, elle lisait, penchée en avant, un journal étalé devant elle. Sa poitrine, belle et lourde, avait vécu et avait fait vivre. Il en imagina la texture tendre et il en eu envie.

Il se détourna encore une fois avec effort, vérifia d'un œil expert et raisonnable la petite fissure qui était apparue à coté de la fenêtre, puis le jeu d'une porte coulissante et enfin l'aération de la salle d'eau. Aucune fuite nulle part… Il avait fallu un mois de travail pour cette foutue salle de bain que son exigeante épouse avait exigée toute maçonnée. Mais sur l'évier, en pierre, une petite Clarisse avait été improvisée

Solide et dur l'évier en pierre.

Il monta dans la chambre de la petite... Une sorte de mini-duplex, entre l'étage et les fermes de la charpente des combles. Son endroit préféré à lui, là où il s'était vraiment fait plaisir. Des échelles, des demi niveaux, des petites fenêtres pour faire le guet sur les alentours...et puis des coins, des recoins et autres cachettes pour dissimuler la fée. Un lit en bois blanc, habillée de multiples cotonnades et tissus à fleurs. Une caricature de chambre de petite fille ... qui plaisait surtout à l'aînée.

Il adorait crier d'en bas "Raphaëlle, mon ange, tu descends sur terre ?"

Le journal intime de Clarisse traînait sur son bureau vide. Même pas fermé... Avait-t-elle si peu de secrets dignes d'être cachés au monde ? Clarisse n'était pas une petite fille timide, compliquée et sensible. Elle se fichait royalement de l'atmosphère romantique de cette pièce née d’un fantasme qui ne lui ressemblait pas et elle écrivait dans son journal uniquement pour faire plaisir à maman. Le vélo, les frondes et les cabanes la motivaient bien plus. Autrement dit, elle n'était jamais à la maison. Il rabattit la couverture épaisse et un peu ridicule du journal de la petite fille qu'elle n'était pas et sorti du nid d'adoption de sa grande Raphaëlle qui ne l'était pas tant que cela non plus.

Il fit jouer plusieurs fois l'interrupteur commandant les spots cachés dans la charpente et chargés d'en faire ressortir la beauté brute. Tout fonctionnait, tout était solide.
Pour la première fois depuis vingt-deux ans, cette noble maison plantée dans la terre de sa famille n'exigeait plus d'attention, lui accordait une pause. Il avait, semble-t-il, vaincu, domestiqué, apprivoisé cette maîtresse insatiable et capricieuse. Enfin...

Il dévala alors l'escalier et évitant la 5ème marche par respect. Comme un gamin fuyant une peur amusante, celle de l’ennui, de la déprime inhérente à une inaction soudaine et jusqu'alors inconnue,  il couru vers sa femme en manquant de s'étaler en butant sur le seuil de la cuisine. Ultime taquinerie de la maîtresse...

Il s'écrasa en grondant sur le dos de sa femme et lui imposa, alors qu'elle criait son refus, tout son poids. Il arracha presque le maillot en glissant un main absolument partout, et chatouillée, elle se mit à rire bruyamment...

- Arrête chéri, arrête enfin espèce de sale bête ! t'a plus l'âge d'abord et puis on a dit que trois ça suffisait ... arrêêêêête tu me chatouilles enfin ... stop j'ai dit ! Arrête ou je te .... oh, cochon, pas là enfin !!!

- Si, là aussi...parce que maintenant, il va falloir nourrir les souvenirs.

Solide et dur.

Lundi 31 mars 2008
Bon c'est calme en ce moment, ce blog.
Y a des période comme ça ...

Je lis un journal malsain où l'on me pose la question suivante: c'est où le tibet ?

Ah ! ... l'avez pas venir celle-là !


Vous embêtez pas à lire une carte, elle ne vous dira rien. La tibet n'est pas la Région Autonome du Tibet, qui n'est en fait qu'une partition d'origine chinoise de la population tibétaine. La RAT représente un territoire équivalent à deux fois la France. Ensuite ce que les tibétains appelle Tibet c'est en gros plus de deux fois la RAT, lequel constitue entre 20 à 25% du territoire chinois. Quand même...

Détail ? Non, car la RAT c'est deux millions d'habitants et les territoires tibétains plus de 5; ce n'est pas une minorité, car tous les slogans des manifestants, même en Chine, sont écrits en tibétains. Ensuite dire que la contestation tibétaine s'étend aux provinces limitrophes chinoises reviens à parler comme un chinois. C'est valider la partition de 1965, or tout l'enjeu est là.

Après boycott ou pas, je ne sais pas. L'important est d'en faire une question de stratégie, pas de morale. Il serait idiot de croire que les chinois ne savent pas négocier ... Ce sont peut-être les meilleurs dans ce domaine.

Sinon, j'ai bien aimé celle-là aussi :
"Quand le PSG sera soumis aux mêmes règles qu'une équipe corse bien moins prépondérante dans le milieu du foot (Bastia, NDLR), il pleuvra du millésimé"

Ceci étant dit, j'ai du mal sur un truc, l'infraction pénale, c'est quoi ? Haine raciale bah, pas trop, discrimination, rien à voir, diffamation (hum ...rigolez pas), reste ... insultes. S'est poursuivi ça ?
Encore une fois, la connerie n'est pas un délit.

Bon ceci dit, plus agréable,
la troisième histoire est écrite, mais vous attendrez bien jusqu'à mercredi pour la lire. Si, si, je suis sur que vous pouvez le faire.

Ps: j'avais déjà essayé 9 mois, puis 6 mois et enfin 4 mois. Ce week end j'ai pris un bébé d'une semaine dans mes bras. Euh là, pour la première fois, j'ai flippé...

Sinon moi, ca va.
Bisous les gens.
Mardi 25 mars 2008
C'est étrange ce mot: salope.

Fille sale selon le dictionnaire. Je crois qu'à aucun moment ceux qui emploient ce terme aujourd'hui n'ont à l'esprit cette question de saleté. De cette définition, on n'apprend donc pas grand chose de l'intention de ceux qui l'emploient. Si ceux là  sont bêtement machistes, manifestement féministes ou libidineusement flatteurs, le terme est d'abord l'illustration d'un fantasme qui traverse l'esprit de ceux qui l'utilisent.

Les insultes, les vulgarités ou les mots crus ont ceci de particulier, en général, qu'ils démontrent une perte de contact avec le réel et toute rationnalité, du locuteur. L'insulte est d'abord une image, un fantasme et finalement un aveu d'impuissance ou pour le moins l'inacessibilité.

J'ai horreur de ces gens, et de plus en plus, de ces filles, qui estiment cool de vulgariser leur langage.

Non seulement, c'est moche.
Mais, c'est surtout un indice du fait que votre interlocuteur n'est pas vraiment là, en face de vous. Il est ailleurs et ne vous parle pas. Ces filles qui mettent le mot salope à toute les sauces, ces mômes qui vulgarisent leur langage au maximum sont des gens qui illustrent à quel point notre monde et fantasmé et virtuel.

Faux, donc.

Le réel n'incite pas à la vulgarité. Surtout pas si on le voit de façon poétique... Etre vulgaire, user de l'insulte (surtout au second degré) ce n'est certainement pas faire preuve de sincérité, de clairvoyance et de franchise par rapport aux choses et aux gens.

C'est tout le contraire: fantasmer, travestir et mentir.
Voilà ce qu'on fait tous les jours en "laissant-aller" notre langage.
Mercredi 19 mars 2008

# 2

Sa main avait saisi la sienne en ce matin sombre et maintenant, il ne parvenait plus à s'endormir.


Allongé dans son lit, les yeux grands ouverts dans une obscurité profonde, calme, il  écoutait la respiration lourde et tranquille de son épouse. Alors, sans risques, il fuyait avec euphorie vers les confins de l'empire d'une emprise conjugale qui ne parviendrait plus jamais à le retenir.
***

Il souriait légèrement, papillonnant dans l'air chaud.

***
Prétendre qu'ils n'avaient pas vu le danger surgir eu été de la pure mauvaise foi. L'ambiguité de leur rapport, ils l'avait autorisée et même organisée en toute conscience.  A aucun moment, leurs sentiments l'un pour l'autre ne les avaient pris au dépourvu peut-être parce que, parvenu à l'heure d'une cinquantaine pas encore fanée, il n'arrive plus que l'on se fasse surprendre comme un enfant par ses propres élans. Mais, ils avaient joué, puis fait le pari de ne rester que des joueurs et ils venaient de perdre.


Jeanne-Marie avait 54 ans, deux ans de plus que lui. Elle était directrice pédagogique au sein d'une école de commerce parisienne. Après quelques années d'enseignement, elle avait choisi des prendre des responsabilités administratives plus importantes et depuis lors, enchaîné diverses fonctions d'encadrement et de management dans plusieurs établissements d'enseignement supérieur. Elle était devenue compétente dans son métier qui consistait à nourrir en permanence un carnet d'adresses qui se devait d'être le plus conséquent possible, afin de racoler en cas de besoin, les meilleurs enseignants sur le marché parisien. Usant sans vergogne de ses capacités de séduction virulente, elle était vite devenue indispensable auprès de sa hiérarchie.

Lui était l'adjoint du directeur. Un numéro deux de principe, sans toutefois véritablement pouvoir prétendre à un pouvoir hiérarchique sur elle. Mariés et parents tous les deux, les débuts de leur collaboration professionnelle furent assez froid. Elle ne lui plaisait pas vraiment avec sa voix forte, ses airs de comédienne sur le retour et son maquillage excessif. Les angoisses caractérielles de Jeanne-Marie de n'être pas à la hauteur des exigences qu'on lui imposait nuisait à sa crédibilité, même si finalement, elle était parfaitement à la hauteur.

Les quelques conversations personnelles qu'ils avaient au début portaient le plus souvent sur leurs enfants. La grande école du fils aîné de l'un, la grave maladie du benjamin de l'autre, ou encore le mariage d'une fille étaient autant de sujets de conversations faciles et consuels qui permettaient surtout de ne rien dire.
***
L'esprit enfin calme, sa main dans la sienne, il se demandait en sortant de l'hôtel s'il devrait un jour annoncer à Elise qui allait se marier, qu'il divorcait d'avec sa mère.
***
Jeanne-Marie, comme à son habitude, avait tenté avec lui quelques tactiques séductrices, par politesse. Elle lui offrait du "Mon directeur chéri" sans le regarder, froidement. Lui ne se donnait pas la peine de relever l'impertinence gentille de sa collègue. Il s'agissait chez elle d'un reflexe professionnel et elle n'attendait donc aucune réaction particulière de sa part. Toutefois, c'était cette même entreprise de séduction permanente qui lui permettait d'accorder au corps professoral des créneaux horaires, des heures suplémentaires et autres sessions de corrections rémunérées , ceci en fonction de la bonne volonté de ses proies à tomber dans ses filets. Et c'était bien ce pour quoi on la payait.
D'aucun propageait même la rumeur de promotion-canapé à l'égard de jeunes enseignants fraîchement sortis des grandes écoles et qui s'était vus attribuer une miraculeuse place au soleil dans une hiérarchie enseignante plus que rigide.

Lui se moquait de ces rumeurs tant il considérait; à la fois Jeanne-Marie ainsi que ses détracteurs jaloux, comme égaux dans leur vulgarité. Toutefois, il n'était pas en reste. Il avait de son coté à disposition, un harem de trois assistantes administratives plutôt jolies, très jeunes et toute frétillantes devant lui ou plutôt sa fonction qui l'autorisait à favoriser l'une plutôt que l'autre, à tour de rôle. Il divisait ainsi ses ouvrières pour règner sur la ruche.

A la manière d'une rengaine sans malice, il lui reprochait "ses éphèbes", ses sélection sur photos et elle lui renvoyait le peu de considération qu'elle avait pour une homme aussi impuissant à l'égard des trois proies supposées si faciles de l'assistanat.

Mais très souvent, de retour à la maison, il se défoulait devant sa femme pendant un long moment à propos de cette prédatrice qui allait certainement tout faire pour lui voler le poste de directeur auquel il était évidemment promis.

Leurs rapports personnels étaient en effet d'abord perturbés par une ambition commune et concurrente: prendre la direction de l'école, s'asseoir dans le fauteuil de "Bouddha", le grand patron. Par goût de la gloire et de l'argent essentiellement. La perspective d'un doublement de salaires leur faisait montrer les dents, ce que les plus naïfs prenaient pour de gentils sourrires, alors qu'eux n'étaient en rien inconscients des ambitions de l'autre. Régulièremment les coups bas fusaient, entre personnes à l'éducation irréprochable comme il se devait. La dernière réunion avec la direction s'était encore soldée pour un bel échange à fleuret non-moucheté qui avait ravi Bouddha.

- " Monsieur l'adjoint veut augmenter les effectifs certes, mais il ne faudrait pas non plus confondre ambition pour l'école et ambition personnelle..."
- " ... ni confondre élitisme et jeux de cours, très chere".

Le gros directeur souriait calmement dans son fauteuil, impassible, mais jouissant d'un spectacle qui amusait la routine d'une fin de carrière dénuée de toute ambition ultime. Ce jour là, il conclu la réunion en prenant date pour la suivante, comme d'habitude. En se levant, il signala aux gladiateurs que le prochain ordre du jour serait un peu modifié du fait de l'intronisation de son futur successeur...
Il laissa là Jeanne-Marie et Pierre seuls, silencieux et livides. La restauration d'une maison de campagne l'attendait maintenant et il n'avait que faire à présent du dépit des ambitieux.
***
La chambre était idéalement anonyme et l'hôtel silencieux en ce début d'après-midi. La réceptionniste avait été indifférente à leur arrivée, ce qui les avait presque déçu. Il avait fermé la fenêtre, éteind la lumière... Les ombres suffisaient. L'étreinte fut brève, simple et efficace. Il offrit un orgasme violent à son amie, dont le cri unique paru se repercuter comme un écho dans tout l'immeuble. Il fut saisi d'un élan d'orgueil mâle dont il avait perdu l'habitude, ce dont elle se rendit compte avec plaisir. Il admirait les fesses larges de son amante, cette belle croupe ondulante qu'il avait tant voulu et sur laquelle il se répandit, jouissant d'en être admis comme nouveau propriétaire.
***
A l'occasion du gala annuel de l'école qui réunissait l'ensemble de personnel sur une péniche pour une soirée tout à fait informelle mais lors de laquelle toutes sortes de négociations importantes étaient permises, il furent contraint de danser une fois ensemble, réunis de force par une bande de collègues dont l'état d'ébriété avancé avait peut-être favorisé l'instinct matrimonial. Ceux-ci avaient en tout cas estimé amusant de coller ces deux là ensemble, au plus grand dam de leurs victimes.
Il la fit tourner sans délicatesse et elle de son coté n'acceptait de le toucher que du bouts de doigts... Elle souriait faussement alors que lui ne lui accordait même pas la faveur polie de la sauvegarde des apparences. Il regardait sans trop se gêner sa poitrine imposante balloter dans un corsage pas assez ajusté qui parfois venait même le frôler. Il la fit virevolter de plus belle, un peu à contre-temps, histoire de faire bouger toute cette ... chair. Elle détesta ces manières et eu envie de le gifler brutalement. il fut même pris d'une espèce de pulsion sadique et libidineuse et des images obscènes lui traversaient l'esprit...

Il se séparèrent à regret, débordant l'un envers l'autre d'une violence insatisfaite.

Dès lors, ils commencèrent à se fréquenter, vraiment, gagnés qu'ils étaient par une volonté de vengeance dont ils auraient été bien incapable d'expliquer la cause.
Pour autant, ils n'étaient pas dupes de leurs actes; ils savaient très bien qu'ils commencaient à fleureter ensemble et très vite ils jouèrent ce rôle, avec la plus grande tartufferie possible. Pour le moins, leurs jeux n'étaient plus innocents. Mais ils avaient une terrible envie de jouer ensemble, si possible pour faire mal. Se venger finalement de leur impuissance à se dire la vérité, leurs envie impérative de coucher ensemble.
Les propositions et provocations salaces devenaient monnaie courante, quittant en quelque sorte une routine très réelle pour réaliser des fantasmes mal enfouis. Leur vocabulaire devenait cru, l'insulte de plus en plus vulgaire et leurs aggressions, caricaturales.

Si elle lançait à la cantonnade, devant la machine à café, qu'elle ferait volontiers de Pierre son objet sexuel, docile et soumis, lui répondait tranquillement qu'il préfèrait les petites jeunettes, fraîches et naïves. Et à 54 ans, cette attaque n'était pas drôle.

Le lendemain, il l'invitait avec tout le charme dont il était capable à un déjeuner entre bons amis; elle exigeait alors de la première collègue venue qu'elle l'accompagne afin de ne pas la laisser seul face au harcèlement ridicule de "cet éternel adjoint" qui commencait à la fatiguer sérieusement. Il la traitait de salope par sms, elle répondait "mais pas avec vous, très cher".

Il corrigeait sans relache ses fautes de langages qui étaient forts nombreuses et humiliantes, elle se moquaient de ses costumes démodés choisi pourtant par une épouse enthousiaste à ce propos.

N'avait-elle pas changé de coiffeur ? Non ... ?
Il faudra y penser alors.

Ils se haïssaient avec un amour sans failles, comme deux garçons adolescents.

Seuls les enfants les mettaient d'accord.
Ceux de Jeanne-Marie étaient passionnés par les fringues, pas très bons élèves et souvent volages, en particulier ses deux dernières flles. Les enfants de Pierre n'avaient aucune ambition, restaient paresseusement installés à la maison et ne se départissaient pas d'une conformité crasse. Déçus de leurs idéaux en matière de fonction parentale, ils s'exonéraient l'un l'autre de leurs responsabilité pour mieux s'autoriser, un peu vicieusement, une liberté de moeurs de plus en plus intéressée. Se plaindre des enfants, se moquer de soi-même et des autres, cultiver une triste mysanthropie partagée, voilà qui constituait le fil rouge de leur rapports intimes, au gré des pauses-cafés, des vendredi après-midi sans courage et sans envie de partir en week end; les fins de réunions tardives se terminaient en défouloir au bar du café le plus proche, en discussion vulgaires et assassines.
***
Pierre raccompagna Jeanne-Marie chez elle, en taxi. Sa main caressait tendrement les fibres synthétiques désagréables de ses bas noirs qu'elle n'avait pas même enlevé à l'hôtel. Il se délectait d'une belle cuisse, large, offerte et rassurante. Elle chuchota:
- On est amoureux toi et moi ?
- Pas la peine... On a besoin l'un de l'autre, c'est tout.
- D'accord. Qu'est ce qu'on fait: on divorce ?
- C'est plus simple. Ca m'embête pour ma fille, mais c'est mieux.
- Son avis t'intéresse ?
- Un peu...et toi, ton mari ?
- C'est fini. Et pas à cause de toi.
- On est libre alors. Parfaitement libre.
- Absoluement.
***
Le père de Pierre s'était éteind dans son sommeil, tranquillement, trois jours auparavant. Il le pleura beaucoup, pendant une journée. Il souffrit terriblement de ce vide, effondré devant le lit de son papa, mais dès lendemain matin, en marchant de la rue et aspirant l'air chaud d'une fin de mois de juin déjà très ensoleillé, il se sentit libre et calme. Sa femme pris en charge l'essentiel des formalités et il pu assister au spectacle des obsèques qu'il jugea très dignes. A la sortie du cimetière, il se demandait ce qu'il allait pouvoir faire de cette liberté soudainement acquise.

Alors que sa femme restait à discuter avec un oncle en arriers, Jeanne-Marie qui était gentiemment venue, lui pris la main et la serra très fort. Après lui avoir demandé comment il allait, elle lui posa un baiser appuyé sur la joue, et s'échappa.

Il en resta les bras ballants, mais il avait sa réponse.

Il ne se remettait pas de cet élan. Il avait fallu un mort pour que la guerre s'arrête. Dans le noir de sa chambre, sans plus prêter d'attention à la respiration de sa femme tranquillement endormie, il avait pris la décision d'en finir avec Jeanne-Marie. C'est-à-dire de commencer, avec elle, une autre histoire. Il était parfaitement sûr de lui, d'elle, d'eux.

Il souriait, heureux, dans ce lit trop petit.
***
Ils souriaient, heureux, ébourrifés par l'air chaud qui s'engouffrait dans le taxi.

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